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MP2013, un projet euroméditerranéen

Une part de l’avenir de l’Europe se joue en Méditerranée

« L’avenir de l’Europe se joue à nouveau, pour le meilleur ou peut-être pour le pire, en Méditerranée. C’est déjà fait en ce qui concerne son environnement proprement dit, du fait des risques croissants d’événements climatiques extrêmes, de la dégradation de la mer commune, des impacts à terme de la désertification, et de la remontée vers le nord de phénomènes de stress hydrique. C’est encore plus fondamentalement le cas pour ce qui est du poids économique futur dans le monde. C’est tout aussi fondamental pour sa sécurité et sa stabilité futures. La réussite d’un engagement commun vers un codéveloppement durable entre les deux rives aurait une portée historique majeure. » (In Méditerranée, les perspectives du Plan Bleu sur l’environnement et le développement, Éditions de l’Aube, 2005)

La construction d’un ensemble euroméditerranéen solidaire et d’un projet de codéveloppement équilibré de son territoire, telle qu’elle avait été voulue et décidée par la conférence de Barcelone en 1995, se heurte à des déséquilibres qui ont tendance à s’aggraver.

« Déséquilibres démographiques »

(Paul Balta, in Méditerranée – Défis et enjeux, Éditions L’Harmattan)

Les projections démographiques établissent que la population totale des pays méditerranéens pourrait atteindre 523 millions d’habitants en 2025. Cette croissance estimée à 96 millions concernerait essentiellement les rives sud et est, pour 92 millions. Alors que la population du Nord continuera de vieillir, avec un taux de fécondité incapable d’assurer la relève des générations, à l’inverse, au Sud, elle restera massivement jeune : la part des moins de 25 ans sera partout supérieure à 40 %. Dès aujourd’hui, la part des moins de 25 ans est presque deux fois plus importante en Algérie qu’en France (58 contre 31 %). Si, dans le même temps, les taux d’activité et d’emploi restent inchangés, le Sud et l’Est de la Méditerranée accuseront alors un déficit de 34 millions d’emplois. Un tel déséquilibre renforcerait l’instabilité et les risques de conflit, et causerait de très fortes poussées migratoires vers le Nord.

Déséquilibres économiques

Les inégalités entre les pays de la rive nord – l’Arc latin avec l’Espagne, la France et l’Italie – et les pays du Sud et de l’Est se creusent. Les premiers représentent 15 % du commerce mondial alors que les seconds atteignent 4 % à peine. De plus, les trois États du Maghreb effectuent les trois quarts de leurs échanges avec l’Union européenne (UE) alors que pour cette dernière le commerce avec ses partenaires d’Afrique du Nord ne représente que 4 % des relations avec l’ensemble du monde.

Déséquilibres écologiques

Si, lors des 25 prochaines années, les prévisions se confirment, les besoins en eau augmenteront de 50 % au Nord et de 400 % au Sud et à l’Est alors que, dans plusieurs zones, la précarité sévit déjà et que le pompage dans les nappes phréatiques ou dans les cours d’eau dépasse les capacités de renouvellement naturel. L’eau est déjà facteur de tensions sinon de conflits entre pays. Aucune véritable coopération internationale visant à mieux gérer les ressources n’est en vue.

Déséquilibres culturels

Quelques données chiffrées éloquentes peuvent, dans ce domaine aussi, être mises en lumière. Alors que, par exemple, la France consacre 2,2 % de son Produit intérieur brut (PIB) à la recherche scientifique, ce pourcentage varie de 0,1 à 0,5 % dans les pays du Sud. Les pays de la rive nord publient plus des trois quarts des livres édités sur le pourtour méditerranéen (en 1996, 46 300 titres en Espagne contre 670 en Algérie). Les disparités sont de même ampleur dans les champs du cinéma, de l’audiovisuel, de l’accès à Internet et, plus largement, à toutes les formes d’art contemporain et de représentations. Face aux éléments de diagnostic sommairement réunis ici, la tentation est grande d’envisager pour l’avenir un « scénario catastrophe », d’autant que les premières évaluations du processus de Barcelone sont décevantes et, qu’à l’analyse, les causes d’insuffisance de ces résultats paraissent profondes et durables. Ce « scénario catastrophe », déjà adopté par beaucoup, conduirait, aux portes de l’Europe – sinon sur son sol même -, à des situations de crise économique (accroissement du chômage et paupérisation), sociale (exacerbation des tensions interreligieuses et interethniques), et de fait à la dégradation du cadre de vie urbain et de la sécurité environnementale (désertification, pollution, manque d’eau). Pour faire pièce à ces menaces, diverses initiatives ont été prises récemment afin de renforcer la dimension méditerranéenne des politiques de construction de l’Europe. La nouvelle « Politique européenne de voisinage » a été mise en œuvre depuis 2003 et développe des coopérations entre l’Europe élargie et les pays qui bordent ses frontières à l’est et au sud. Elle complète et donne un nouvel élan aux dispositifs de création d’un « espace de prospérité commun » inscrit dans le processus de Barcelone. Au niveau de la région, le Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur est l’Autorité unique de gestion (AUG) du programme européen de coopération MED. Ce programme concerne les régions de l’espace « Méditerranée occidentale » élargi à toutes les régions de l’Europe méditerranéenne. Cette nouvelle responsabilité permet d’affermir l’axe de coopération méditerranéen. En outre, il faut souligner que, dans ce cadre, un programme européen complémentaire est mis en place, celui d’une Coopération transfrontalière Méditerranée. Les États membres de l’Union, ainsi que les 10 pays du Bassin méditerranéen, ont créé en 2004 la fondation euroméditerranéenne Anna-Lindh pour le dialogue entre les cultures. C’est l’outil privilégié de la mise en œuvre du 3e volet de l’accord-cadre MEDA signé à Barcelone en 1995. Elle a pour vocation d’animer et de soutenir les coopérations culturelles initiées entre les deux rives du bassin méditerranéen. La France, par la voix de son président, a proposé la mise en chantier d’une Union de la Méditerranée marquant ainsi la volonté de surmonter les fausses fatalités de la division, de l’incompréhension et de l’inégalité.